Dans le tiroir

Dans le tiroir

Recyclage sonore intime et social

Léa Minod

Dans le tiroir, c'est un peu comme du recyclage, mais version sonore. On fouille dans nos disques durs, on retrouve des anciennes interviews, des ambiances d'antan. Et hop, on passe le tout à la moulinette de nos oreilles pour donner naissance à une création sonore inédite. Ici, pas de talk, pas de conversation, mais des reportages ou des créations élaborées pour des oreilles curieuses. Comme si on ouvrait un vieil album de famille.. mais avec les écoutilles.

En cours de lecture

EVGEN BAVCAR

“Pour aller chez Evgen Bavcar il faut se répérer à l’odeur…” Evgen Bavcar est photographe. Il a perdu la vue petit à petit, couleur par couleur. La dernière couleur qui l’a laissé tomber fut le rouge.
“La vie en grand jour s’est changée en grande nuit”
Evgen nous fait entrer dans son intimité. C’est alors que nous voyons le monde avec nos mains, avec nos oreilles, avec notre coeur.
“Le baiser pour moi c’est un regard.”

En cours de lecture

GEMMA

“Et à partir de là, le côté mystique de notre mère arrive....”
Gemma était belle à faire fondre les hommes. Jeune italienne, les yeux bleus, la peau mate, menue, grandie en Tunisie dans le faste de l'Après-Guerre. Trompeuse et trompée folle à se lier à d'autres fous. Colérique comme le ciel triste comme la pluie. Gemma était ma grand-mère. Restée figée, glacée dans les bouches de ses trois filles, Marie-Noëlle, Michèle, Joëlle.

Mixage : Chloé Sanchez

En cours de lecture

Journal de grossesse

Elle a foutu le dawa dans nos cœurs en hiver
Elle a mélangé ses jours et nos nuits
Elle a posé ses valises sous nos yeux ébahis
Elle a réglé nos montres au présent
Elle a détourné nos nombrils et nos certitudes
Elle a le bide qui rugit comme un champs de bataille
Elle a le pleur qui secoue au plus profond de l'oreille
Elle a un sourire à faire taire les silences
Et deux pupilles comme deux billes qui avalent notre monde

Awa est en décembre 2018, et je suis née mère en même temps.
Pendant toute sa grossesse, je me suis enregistrée, et en 2021, j'ai monté ce journal de grossesse. Awa avait 2 ans.
Souvent la famille démarre comme cela : une grossesse pour la première fois, un accouchement, et la vie est chamboulée. Aujourd’hui, Awalou s’appelle Awa, elle a deux ans, je suis devenue mère, famille, parent. Tout va bien, tout tangue. Voici, quelques bribes du journal intime de cet ouragan, ma grossesse.

En cours de lecture

Ca se passe comme ça quand on a 16 ans, aujourd'hui

On a tous des histoires à 16 ou 17 ans qu’on raconte à nos potes, en société, parce qu’elles peuvent les faire marrer ou nous admirer. Des histoires qui nous font pousser des ailes aux yeux des autres. On a tous aussi des souvenirs qui restent enfouis. Des histoires moins glorieuses qu’on ne raconte pas à tout le monde, seulement à l’ami.e qui tend l’oreille.
Ces histoires, en voici quelques unes, récoltées lors d’un atelier radio en 2018 auprès des élèves de TSTMG de la formidable enseignante Mme Manenti. C’est avec elle que je fais chaque année des projets radio. Elles racontent l’adolescence d’aujourd’hui, la puissance des réseaux sociaux mais aussi la permanence de certaines expériences intemporelles.
*La première agression, le premier vol dans un magasin qui a mal tourné, la rencontre avec un pigeon, la première fête.

*

Alors on ouvre le tiroir et avec ces voix d’adolescent, on plonge dans les mémoires de nos 17 ans.

En cours de lecture

A la Tagnière, l'épicière Martine était catcheuse

On est vendredi matin, en septembre 2019, dans l’épicerie de Martine. Ancienne catcheuse devenue épicière dans un petit village de Saone-et-Loire.

La dernière fois que je l’ai vue, en cinq minutes, deux habitants ont franchi la porte de l’épicerie et se sont jetés dans ses bras. C’était la fin de l’été, l’un retournait au canada après quelques semaines ici, l’autre annonçait une mauvaise nouvelle au creux de l’oreille. Martine a ouvert ses épaules, et laissé les larmes venir. Elle m’a dit « je ne suis pas qu’épicière, je suis psy aussi ».

« Madame la maire » c’est comme ça qu’on la surnomme. M A I R E ou M E R E, je n’ai jamais osé demander. Je l’équipe d’un micro qu’elle laissera ouvert pendant deux jours, juste avant ses vacances.